Skip to main content
Explication du TDC (dyspraxie)
Définition

Le trouble développemental de la coordination (TDC), ou dyspraxie, est un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire relié au développement du cerveau, qui :

  • Affecte la planification et la coordination des mouvements nécessaires à la réalisation d’une action nouvelle.
  • Entraine des difficultés dans l’élaboration et l’automatisation des gestes volontaires (atteinte des praxies).
  • Se répercute dans tous les domaines de la vie : à la maison, à l’école, au travail, dans les loisirs et les relations sociales.
unnamed-1 (Demo)
11_2ted
Dagobert et Cie
Dagobert et Cie
10_ted
Le TDC/dyspraxie n’est pas une maladie mais plutôt un trouble permanent, ce qui veut dire qu’il demeurera présent durant toute la vie de la personne.On dit souvent que le TDC/dyspraxie est un trouble du « comment faire » puisque les personnes atteintes apprennent à exécuter les tâches motrices avec beaucoup de répétitions et cet apprentissage ne se généralise pas spontanément à d’autres situations. Chaque variante d’une activité doit être apprise comme si elle était toute nouvelle.

Au plan physique, le TDC/dyspraxie se manifeste par un manque d’habileté et des défis de coordination dans les activités motrices. Ces défis peuvent être plus apparents dans la motricité globale (ex. : sports), dans la motricité fine (ex. : écriture, découpage) ou les deux.

Au plan cognitif, on constate une plus grande fatigabilité en raison de la surcharge cognitive entrainée par le manque d’automatisation. Des difficultés de planification, d’organisation et de perception du corps dans l’espace sont également souvent présentes. 

Au plan socio-affectif, le TDC entraîne de l’insécurité devant la nouveauté et une faible tolérance à la frustration.

On trouve également une maladresse en relation sociale qui peut compromettre l’intégration dans divers milieux.   

15_ted
Dagobert et Cie
Prévalence et causes

On estime que le TDC/dyspraxie touche 5-6% des personnes. Il est plus souvent diagnostiqué chez les garçons (2 à 4 garçons pour une fille).

Actuellement, aucune cause précise n’a été identifiée pour expliquer le TDC/dyspraxie mais il existe certaines hypothèses ou facteurs de risque : une prématurité ou une histoire de naissance difficile avec manque d’oxygène, un petit poids de naissance, une anomalie dans le développement du cerveau au moment de la formation des circuits neuromoteurs. De plus, les incidences génétiques/familiales sont également observées puisqu’il n’est pas rare de voir plus d’un enfant dans une fratrie ou même un parent qui en sont atteints.

Les autres conditions souvent associées au TDC/dyspraxie

Le trouble le plus fréquemment associé au TDC/dyspraxie est le trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Ainsi, les personnes ayant un TDC qui présentent aussi les caractéristiques du TDA/H pourront bénéficier d’un traitement pour celui-ci. Cependant, il faut comprendre que la médication ne traite pas le TDC mais seulement les difficultés d’attention et de concentration.

Il faut aussi faire preuve d’une grande vigilance quant à l’association du TDA/H et du TDC. Certaines caractéristiques comme la faiblesse du tonus musculaire ou de la proprioception présentes dans le TDC pourront donner l’impression qu’un TDA/H est associé car l’enfant changera souvent de position et ne pourra rester assis sur sa chaise en raison d’un inconfort physique. Par ailleurs, la personne avec un TDC peut paraître inattentive, sans réellement l’être, en raison des difficultés au plan du traitement de l’information sensorielle, de la perception visuelle et de la vitesse d’exécution.

Il faut donc demeurer prudent face à un diagnostic de TDA/H trop hâtif et il est recommandé de discuter avec le médecin si des difficultés d’attention sont présentes et interfèrent avec le fonctionnement.

Beaucoup de personnes avec un TDC/dyspraxie présentent des difficultés d’apprentissage à un moment ou l’autre de leur cheminement scolaire. Les difficultés peuvent toucher diverses matières et être d’intensité variable selon chaque personne et le degré scolaire. 

À la maternelle, l’enfant peut être malhabile dans les activités de coloriage et de découpage et avoir de la difficulté à emboîter des pièces de jeux de construction ou de casse-tête. Il tend à répéter les mêmes jeux et à observer ses compagnons plutôt que de jouer avec eux.

À l’école primaire, l’apprentissage de l’écriture est particulièrement ardu; l’enfant prend son crayon de façon maladroite et inefficace, a de grandes difficultés à former ses lettres et est plus lent que ses pairs. Au fil des années, l’apprentissage des mathématiques devient également de plus en plus laborieux et des matières comme l’éducation physique, la musique ou les arts plastiques, loin d’être des occasions de plaisir, sont plutôt des sources d’échecs et de frustrations qui contribuent à diminuer l’estime de soi.

À l’école secondaire, si les difficultés académiques vécues au primaire tendent à se poursuivre, ce sont les nouvelles exigences d’organisation qui représentent le plus grand défi pour le jeune avec un TDC. En effet, le passage au secondaire amène plusieurs changements autant sur le plan académique que sur le plan social et de l’autonomie. Pour franchir cette transition avec succès, le jeune aura besoin de soutien et de moyens compensatoires qui contribueront à lui faire vivre des réussites.

Par ailleurs, si l’enfant a des difficultés importantes et persistantes dans l’un ou l’autre des apprentissages scolaires, il se peut qu’un diagnostic spécifique soit émis. On parle alors de la dyslexie/dysorthographie pour le trouble d’identification et de production des mots à l’écrit qui se répercute dans la lecture et l’écriture ou de la dyscalculie pour un trouble des activités mathématiques.

Le trouble des sons et de la parole, anciennement appelé dyspraxie verbale, fait partie de la grande famille des troubles de langage. Il partage des points communs avec le TDC/dyspraxie motrice au sens où la difficulté est reliée à une mauvaise planification des gestes moteurs qui affecte le langage. On parle alors de dyspraxie verbale/oro-faciale/bucco-faciale. Les personnes atteintes sont plus susceptibles de présenter également des difficultés motrices de l’ordre du TDC/dyspraxie.

Le trouble des sons et de la parole est un trouble du langage expressif caractérisé par l’incapacité à planifier et à organiser adéquatement les mouvements de la bouche pour produire des sons, des mots ou certaines actions comme souffler, boire à la paille, tirer la langue, etc. Ce trouble entraîne une limitation marquée du nombre de mots produits, de la prononciation, de la fluidité verbale et en conséquence, de l’intelligibilité de la parole. La personne avec un trouble des sons et de la parole (dyspraxie verbale) aura donc de la difficulté à se faire comprendre par son entourage alors qu’elle comprendra bien ce qui lui est dit et saura parfaitement ce qu’elle veut dire.

Il ne faut pas confondre ce trouble du langage avec le trouble développemental du langage (dysphasie), dans lequel il peut y avoir une atteinte du langage expressif et réceptif. 

C’est habituellement vers l’âge de 3 ans qu’une référence en orthophonie sera faite quand le parent suspecte une difficulté de langage. Après le diagnostic, l’enfant pourra bénéficier de réadaptation qui visera à rendre automatiques les mouvements qui permettront de produire les sons.

Le terme dyspraxie visuo-spatiale porte souvent à confusion et n’est pas un diagnostic officiellement reconnu dans le DSM-5.

Néanmoins, plusieurs personnes avec un TDC/dyspraxie peuvent rencontrer également des difficultés sur le plan visuo-spatial en plus des difficultés motrices. Pour ces raisons, on peut aussi parler de TDC avec composante visuospatiale plutôt que de dyspraxie visuospatiale pour désigner la même problématique. Les difficultés dans ce domaine reposent sur deux éléments principaux :

  • Incoordination dans les mouvements des yeux et atteinte de l’organisation du regard : difficulté à fixer, à suivre un objet du regard, à faire un balayage visuel efficace, à explorer visuellement l’environnement et à repérer un élément en particulier. Cette difficulté peut être présente avec ou sans trouble de la vision.
  • Mauvaise organisation dans l’espace : difficulté à se situer dans l’espace, à situer un objet par rapport à soi et à comprendre la position des objets les uns par rapport aux autres.

Comme on peut s’en douter, les difficultés visuospatiales ont plusieurs répercussions au quotidien. En plus de celles déjà décrites dans le portrait général de TDC, d’autres difficultés s’ajouteront, par exemple :

  • À la maison, l’enfant pourra mettre ses vêtements ou chaussures à l’envers ou chercher souvent ses jouets dans son environnement.
  • À l’école, des difficultés pourront être présentes en lecture (décodage, sens de la lecture, repérage d’informations dans un texte, confusion de lettres, lenteur et fatigue visuelle), en écriture (sens les lettres, copie du tableau, respect de l’espacement entre les mots), en mathématiques (alignement des chiffres dans les opérations, géométrie), dans son organisation (classer ses effets personnels, se retrouver dans l’école).

Si l’enfant présente des indices de dyspraxie visuo-spatiale, il peut être indiqué de consulter en optométrie développementale pour obtenir une évaluation visuo-perceptivo-motrice. Au Québec, cette évaluation ne fait pas partie des évaluations de routine dans le dépistage des difficultés visuelles chez les enfants. Les parents devront donc s’informer si certains tests peuvent être réalisés lors de l’évaluation. Par exemple :

  • Test d’alignement des yeux et de focalisation (mise au point), particulièrement en vision de près
  • Tests visuo-moteurs (mouvements des yeux, test de vitesse de lecture, etc.)
  • Tests de perception visuelle (mémoire visuelle, coordination œil-main, visualisation, discrimination visuelle, etc.)
  • Tests de localisation/orientation spatiale

Il pourrait également être pertinent de demander si l’optométriste offre un suivi de rééducation visuelle structuré pour tous ces problèmes et non seulement des recommandations d’activités oculaires à faire à domicile sans suivi par la suite. Il faut savoir qu’en Europe, ce sont davantage les orthoptistes qui effectuent l’évaluation et la rééducation visuelle.

L’ergothérapeute a également un rôle dans la rééducation de la perception visuelle et la mise en place de stratégies afin de faciliter le quotidien, autant à la maison qu’à l’école.

Certaines de ces informations ont été fournies par Jean-Pierre Lagacé, optométriste.

De plus en plus d’études scientifiques mettent en évidence la présence de problèmes de santé mentale chez les personnes vivant avec un TDC/dyspraxie dont des symptômes anxieux, des symptômes dépressifs, des difficultés sociales et de comportement. En effet, le TDC peut entraîner avec le temps des difficultés émotionnelles liées aux pauvres habiletés motrices, comme par exemple : une faible perception du sentiment de compétence, une diminution de la capacité à répondre aux attentes liées au quotidien, une diminution de la participation sociale. Tout cela contribue à diminuer l’estime de soi globale de la personne.

Trois éléments inhérents au TDC peuvent expliquer les difficultés sur le plan émotionnel ou psychologique :

  • la nature invisible du handicap :  c’est une source d’ambiguïté pour la personne, qui peut être amplifiée par les incompréhensions vécues par la famille et l’entourage.
  • les attributions erronées : d’une part, la personne sait que quelque chose ne va pas sans trop pouvoir se l’expliquer. D’autre part, la famille, les amis, les enseignants, les entraineurs peuvent attribuer ses limites à d’autres causes. La personne peut en venir à se dire qu’elle n’est pas bonne ou intelligente. On attribue souvent à tort les qualificatifs de « paresseux », « peu appliqué », « peu motivé », « peu actif » aux personnes qui présentent un TDC. Ces mauvaises attributions peuvent amener la personne à développer des symptômes anxieux et, surtout, elles ont un impact fort négatif sur l’estime de soi puisqu’on vient à ne voir que ses limites et ses difficultés.
  • la répétition des échecs : on parle alors d’anxiété de performance ou « d’anxiété de l’échec à venir ». Cet état est susceptible de diminuer d’autant plus le rendement et la motivation à participer à diverses activités. Ainsi, à force d’être confrontée à des difficultés, la personne peut graduellement éprouver une crainte à s’investir dans de telles activités. Dans tous les cas, des comportements d’évitement des activités motrices ou des situations sociales et de l’exclusion peuvent en découler.

Si les difficultés émotionnelles ne sont pas bien soutenues à l’enfance, elles peuvent se poursuivre et même s’amplifier à l’adolescence et à l’âge adulte. Il s’avère donc important d’être à l’affût des réactions psychologiques présentées par les personnes vivant avec un TDC peu importe leur âge. Les suivis en ergothérapie, mais aussi par des professionnels du domaine psychosocial, peuvent aider les personnes à développer des stratégies pour améliorer autant les capacités motrices que leur estime personnelle et leur sentiment de compétence.

Plusieurs personnes ayant un TDC peuvent présenter des particularités sensorielles qui se répercuteront dans la vie de tous les jours et augmenteront les défis auxquels elles doivent faire face.  

Les particularités sensorielles sont la résultante d’un mauvais traitement de l’information sensorielle, c’est-à-dire que le système nerveux n’arrive pas à s’ajuster aux informations provenant de l’environnement (bruits, lumières, contacts physiques, textures, etc.) ou du corps (position, mouvements, sensations physiques). 

Lorsque le traitement sensoriel ne se fait pas bien, une personne peut manifester différents comportements :

  • soit en réagissant trop fortement à un stimulus en apparence banal ou inoffensif, on dit alors qu’elle est hyperréactive ou hypersensible;
  • soit en réagissant peu ou insuffisamment à un stimulus important, on nomme alors qu’elle est hyporéactive ou hyposensible;
  • ou encore en recherchant beaucoup de stimulations au point d’interférer avec le fonctionnement quotidien, on parle alors de recherche sensorielle.

Dans tous les cas, ces comportements peuvent interférer avec le fonctionnement attendu et poser des défis dans différentes situations du quotidien, par exemple avec la nourriture, avec les vêtements, à l’hygiène, face aux bruits, à l’école ou dans des endroits publics. Cela entraine inévitablement des défis supplémentaires dans la vie de la personne et de ses proches.

Les difficultés sensorielles sont permanentes mais peuvent s’atténuer avec le temps, la connaissance de soi et l’application de stratégies. Certains professionnels, en particulier l’ergothérapeute, peuvent aider la personne et sa famille face aux défis sensoriels.

Depuis 2015, le diagnostic de TSA n’est plus un critère d’exclusion au TDC et il est donc possible qu’une personne présente les deux troubles de façon concomitante.

Ainsi, pour recevoir un diagnostic de TSA en plus du TDC, la personne doit non seulement présenter des déficits de planification et de coordination motrices affectant son fonctionnement, mais elle doit aussi démontrer des difficultés marquées dans trois domaines spécifiques : la communication, les relations sociales et la variété des intérêts. En somme, les difficultés motrices et particularités sensorielles peuvent être présentes dans les deux troubles.

Il sera important pour les personnes qui ont les deux diagnostics de recevoir du soutien par différents professionnels en plus de l’ergothérapeute, par exemple en orthophonie, psychoéducation ou éducation spécialisée.

Évolution de la terminologie

Il est important de savoir que l’appellation de ce trouble a changé au fil du temps. 

1960
Dyspraxie (dyspraxia) ou dyspraxie motrice

Terme apparu dès les années 60. Il est encore utilisé surtout en Europe et dans certains diagnostics en neuropsychologie comme la dyspraxie visuo-spatiale.

1994
Trouble de l’acquisition de la coordination ou TAC

Terme qui avait été adopté comme traduction francophone en 1994 dans le DSM-IV (manuel diagnostic international).

Trouble de l’acquisition de la coordination (TAC) est la première traduction du terme Developmental coordination disorder (DCD) dans le DSM-IV.

2015
Trouble développemental de la coordination ou TDC

En 2015, la communauté internationale, avec la parution du DSM-5, a recommandé d’uniformiser l’appellation dans toutes les langues.

Le terme trouble développemental de la coordination ou TDC remplace donc le TAC et il devrait être utilisé plutôt que le terme dyspraxie motrice. 

Le terme anglais est Developmental coordination disorder (DCD).

La démarche diagnostique

Voici les critères pour poser le diagnostic de TDC (DSM-5) :

A

L’acquisition et l’exécution des habiletés motrices sont nettement inférieures à ce qui est attendu pour l’âge, et ce, malgré l’expérimentation et des opportunités d’apprentissage.

On constate chez la personne avec un TDC une lenteur d’exécution, une imprécision du geste moteur, le déploiement d’un effort plus élevé pour réaliser des actions complexes et conséquemment, la présence de surcharge cognitive en raison du manque d’automatisation.

B

Les difficultés motrices interfèrent de façon significative et persistante avec la prise d’autonomie dans les activités de la vie quotidienne et se répercutent dans toutes les sphères de la vie de la personne (à la maison, à l’école, dans les loisirs et le jeu et ses relations sociales).

C

Les difficultés apparaissent graduellement et de façon précoce dans le développement dès l'enfance.

Toutefois, bien que des difficultés apparaissent tôt dans le développement de l’enfant, le diagnostic n’est habituellement pas posé avant l’âge de 5 ans. Il est en effet conseillé d’attendre que l’enfant soit exposé à des attentes assez élevées en termes de complexité de gestes avant de pouvoir certifier qu’il a un trouble dans ce domaine. L’entrée à l’école est souvent une étape déterminante pour mettre en évidence les difficultés.

D

Le déficit dans les compétences motrices ne peut pas être mieux expliqué par une autre cause (une déficience intellectuelle ou une déficience visuelle) et n’est pas attribuable à une condition neurologique affectant le mouvement (tel qu’une paralysie cérébrale, une dystrophie musculaire ou une maladie dégénérative). 

Le TDC est donc un diagnostic d’exclusion, c’est-à-dire que toutes les autres possibilités d’explications des difficultés motrices doivent d’abord être exclues.

Dagobert_Diagnostique
Dagobert_Diagnostique

La démarche menant au diagnostic de TDC est complexe et devrait être réalisée par plusieurs professionnels. L’ergothérapeute est le professionnel le mieux placé pour documenter les critères A et B. C’est par contre le médecin de famille, le pédiatre ou le neuropsychologue qui peut répondre au critère D et qui peut confirmer le diagnostic.

Note importante : les étapes qui mènent au diagnostic peuvent affecter votre accès aux services en Estrie.